Fast hiking : quand la FFRando accélère le rythme
Désormais piloté par la Fédération française de randonnée, le fast hiking se fraye un chemin dans l’univers outdoor, avec un format d’épreuve qui laisse la part belle au défi personnel et à l’esprit d’aventure. Dans l’air du temps.

Arrivé il y a une dizaine d’années dans le catalogue des équipementiers outdoor sous la forme de produits légers et polyvalents, le fast hiking a longtemps eu du mal à trouver sa place entre la rando et le trail. Mais la donne est en train de changer... Le fast hiking sera-t-il la prochaine discipline qui monte ? Deux facteurs peuvent expliquer cette évolution : un rajeunissement notable des randonneurs en général depuis la pandémie et les initiatives de la Fédération de randonnée pour développer la pratique. Car, désormais, le fast hiking n’est plus un concept flou ou une simple gamme de produits à cheval entre deux rayons, mais bien une discipline à part entière, considérée comme telle par le ministère des Sports, qui en a confié la délégation à la FFRandonnée. Cela n’a rien d’anodin. De la même manière que donner un nom à un concept, c’est le rendre réel, officialiser une discipline, c’est la faire exister.
Un marché qui prend forme
Ce sont surtout les marques de montagne qui ont défriché le chemin du fast hiking, à l’instar de La Sportiva, Millet, Columbia, ou encore Mammut. « Le fast hiking s’adresse plutôt à un public de randonneurs entre 25 et 45 ans, en quête de légèreté et souhaitant se démarquer de la rando à l’ancienne », observe Raphaël Bouvet, directeur de la filiale française de Mammut. « La pratique de la randonnée est en train de changer avec l’arrivée d’une nouvelle génération qui se tourne vers l’outdoor », confirme Sébastien Tranchand, responsable marketing chez La Sportiva, qui poursuit : « Nous accompagnons cette demande grandissante de la randonnée rapide et légère. Beaucoup de randonneurs se tournent vers des chaussures de trail. Or, nous apportons, avec la gamme fast hiking, une offre plus pertinente avec des spécificités propres à la randonnée ». La légèreté est aussi dans les gènes de la marque italienne Camp, qui propose notamment une offre étendue de sacs à dos et bâtons : « Les pratiques se croisent et se chevauchent. Le fast hiking vient piocher dans le meilleur de la rando, du trail et du nordic walking », explique Sylvain Husson, responsable commercial de Camp France.
Du côté de la distribution, outre les magasins spécialisés montagne et randonnée, le fast hiking bénéficie aussi de l’intérêt croissant des enseignes de running pour l’outdoor. Qu’il s’agisse d’I-Run et de sa « House of Outdoor », de Running Conseil et de de son univers « Rando Conseil », ou encore de Terre de Running qui a lancé « Terre de Rando », les spécialistes running font de plus en plus de place à la randonnée légère dans leurs rayons.
« Le fast hiking a un fort potentiel car il touche un public très large de quelque 5 millions de randonneurs réguliers et bénéficie, en plus, de l’engouement de nouveaux pratiquants pour l’outdoor », souligne Raphaël Bouvet.
Une compétition sans classement
« Le fast hiking, ou randonnée sportive, est le chaînon manquant entre la randonnée et le trail », explique Rémy Viot, référent national fast hiking à la FFRandonnée. On pourrait même dire, le trait d’union entre la démarche contemplative de la randonnée et la quête de performance du trail.
La Fédération a pour mission de structurer et développer l’activité. « Nous avons deux leviers pour faire découvrir et promouvoir la discipline : la formation d’entraîneurs et l’organisation d’Open. C’est la deuxième année que nous déployons ce programme fast hiking. Nous ne sommes qu’au début de l’histoire ! », lance le responsable fédéral. Mais à quoi ressemble une compétition, ou plutôt une « rencontre sportive » de fast hiking ? « Il s’agit d’une randonnée à un rythme soutenu et à allure libre, sans classement. Nous gardons l’esprit de la randonnée », souligne Rémy Viot. Les participants, en solo ou en équipe, s’orientent avec une carte 1:25 000 ou une trace GPX. « Le parcours est accessible sur l’application MyRando, qui n’utilise que les sentiers autorisés », précise-t-il. En bons randonneurs, les concurrents évoluent en totale autonomie. A la fin du parcours, ni podium ni classement, mais une valorisation de chaque participant (médaille ou autre, d’or, d’argent, de bronze ou de finisher), selon un barème basé sur le kilomètre / effort (100mD+ = 1km). Les profils de parcours varient selon les organisations, de 8km/200mD+ à 15km/700mD+. « Aujourd’hui, afin de faire découvrir la discipline au plus grand nombre, nous privilégions les épreuves à la journée », indique le référent fast hiking. Mais déjà d’autres formats apparaissent. Ainsi, en Ariège, le comité départemental de randonnée organise, avec une association locale et un organisateur de trail, une épreuve de 52km et 2100m de dénivelé, sur deux jours avec bivouac, autour du GR de Pays de La Barguillère. Tandis que se dessine un projet d’ultra de 220km dans les Pyrénées-Orientales.
Des frontières ténues
Encore timides, les premiers pas du fast hiking ne sont pas sans rappeler ceux du nordic walking il y a de nombreuses années, voire les débuts du trail running, aujourd’hui sous les feux des projecteurs.
Les frontières sont d’ailleurs parfois ténues entre les disciplines. Certains rassemblements de nordic walking en terrain de montagne ressemblent fort à de la randonnée rapide. Idem pour le trail : « Une épreuve comme la PTL à Chamonix [un des formats de l’UTMB, ndlr], qui se court en équipe et sans classement, faisant la part belle à l’aventure, s’inscrit complètement dans l’esprit du fast hiking », reconnaît Rémy Viot.
Avec cette nouvelle corde à son arc, au format plus ludique qu’une course entièrement balisée, la FFRandonnée souhaite proposer, « une pratique dans l’air du temps, qui soit à la fois une nouvelle proposition pour nos clubs et aussi capable de capter un nouveau public qui découvre la randonnée », souligne le responsable fédéral.
Ce nouveau format d’épreuve intéresse aussi certains organisateurs de trail, qui, pour certains, proposent déjà une randonnée dans leur programme de courses. Il ne manquerait plus que le savoir-faire marketing d’un ou deux équipementiers, pour former le triptyque gagnant fédération-marques-organisateurs. ❚ Emmanuel Gravaud




