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Denis Briscadieu, CycleLab : « Le gravel et le vélo de route ont sauvé l'année ! »

  • 30 avr.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours


Fondateur et Pdg du groupe CycleLab, qui compte 157 magasins aux enseignes Culture Vélo, Bouticyle, Vélo Station, ainsi que Foulées en running, Denis Briscadieu livre son analyse du marché et fait le point sur la stratégie du groupe.


Outdoor Experts : Comment voyez vous évoluer le marché du vélo ? 

 

Denis Briscadieu : Au vu des chiffres de l'observatoire du cycle 2025, on peut penser qu'on a touché le fond de la piscine et qu'on est en train de remonter. Ce printemps 2026 le prouve : cela fait deux mois que l’activité reprend sérieusement dans les magasins. A date, nos trois enseignes sont positives par rapport à l'an passé. C’est le signe d’une nouvelle dynamique et d’une consommation qui se renforce dans les points de vente.

Malgré tout, les deux premiers mois de 2026 ont été difficiles pour l’ensemble de la profession, ce qui a entraîné de nombreuses fermetures de magasins, conséquence d’une mauvaise année 2025. Cela est encore difficile à quantifier, mais pour ma part, j'en ai déjà repéré plus d'une centaine. Ces magasins étaient en fin de vie commerciale et financière, suite à tous les facteurs qu'on a connus : le PGE, l'affaiblissement du marché, les stocks trop hauts, les marges trop basses, la concurrence forte entre tous les opérateurs. Résultat, il y a des magasins, malheureusement, qui n'ont pas pu continuer.

 

Certains types de magasins, comme les indépendants, ont-ils été plus touchés que d’autres ?

 

Il y a forcément beaucoup plus d'indépendants touchés, parce qu'ils sont plus nombreux sur le territoire. Mais tous les profils sont concernés : des magasins urbains, des magasins sportifs, des monomarques, des multimarques, des magasins en milieu rural, en métropole… Il y a de tout. Rien qu’à Toulouse, à côté de chez nous, j’ai compté 11 fermetures de magasins en 15 mois. Ce n'est pas rien !  

Mais, il n’y a pas que les magasins, le contexte économique a impacté toute la chaîne BtoB. Il y a beaucoup d'importateurs, de grossistes, de marques en redressement judiciaire, voire en liquidation pour certaines. Et je pense que ce n'est pas encore fini puisque les bilans 2025 sortent maintenant. Après, il est évident qu'il y avait trop d'opérateurs sur le marché, trop d'opportunistes post-Covid, trop d'illisibilité sur l'offre de produits, trop de « me-too products ». Donc, ces temps plus délicats font naturellement le ménage dans un marché encombré.

 


La pratique du vélo est pourtant toujours aussi dynamique. Quelles catégories s’en sortent le mieux ?

 

En effet, on peut facilement constater qu'il n'y a jamais eu autant de pratiquants cyclistes dans les rues. Cela est même très enthousiasmant ! On observe aussi que le côté sportif, avec des vélos classiques [non électriques] milieu et haut de gamme, notamment de route, retrouve des volumes très importants. Et ceux qui ont pensé, il y a quelques années, que le vélo sportif classique était devenu ringard, se sont trompés, puisque - au moins dans la GSS et chez les spécialistes - ce sont le vélo gravel et le vélo de route qui ont sauvé l'année !

 

Comment le groupe CycleLab évolue-t-il dans ce contexte ?

 

On s'adapte ! Nous avons ouvert au total 22 magasins en 2025, soit 14 en vélo et 8 en running. Et sur les 14 magasins vélo, nous avons une création et 13 reprises, venant d’enseignes monomarques, d'enseignes concurrentes, ou des indépendants qui nous rejoignent pour bénéficier des services que nous proposons.

Depuis le début de l’année, nous sommes déjà à 9 ouvertures (4 Culture Vélo, 4 Bouticycle, 1 Foulées) et nous ouvrirons très prochainement un magasin Foulées à Epinal. Et puis, nous avons d'autres projets importants qui arriveront les mois prochains. On devrait faire une très bonne année, comme l'année dernière, en développant au moins 20 magasins.

 

Est-ce qu'il y a eu des fermetures parmi vos magasins affiliés ?

 

Oui, malheureusement nous avons eu six fermetures : 3 en Culture Vélo, 2 en Bouticycle, 1 en Vélo Station. Avec un profil commun à ces six échecs : la lassitude du dirigeant qui baisse les bras.

 

Peut-on parler d’une tendance, pour les magasins indépendants, à rejoindre un groupement ?

 

Oui, la preuve, on n'avait jamais fait, nous, 13 reprises d'enseigne en une seule année, comme en 2025. Et actuellement, on est déjà à 8 au 30 avril. On devrait en faire encore plus cette année. Il y a une recherche d'accompagnement de la part des magasins indépendants. Les entrepreneurs ont besoin de se concentrer sur leur métier premier, la vente. Au-delà des conditions d’achat et d’un large choix de marques que nous pouvons apporter, c’est surtout sur les services qu’il y a le plus d’attente, c'est-à-dire l'informatique, la communication, l'e-commerce, tous les outils marketing pour le consommateur, toute l'approche de formation, tout l'aspect merchandising, qu'ils n'ont pas en tant qu'indépendant, bien sûr, ou qu’ils n’ont pas toujours au même niveau dans d'autres enseignes.

 

Est-ce qu'il y a des magasins à la double enseigne vélo et running ?

 


Aujourd’hui, il n’y a que deux adhérents Culture Vélo qui ont aussi l’enseigne Foulées. Il y en aura 5 à la fin de l'année. Mais nous exigeons une porte d'entrée différente, une enseigne avec un fronton différent et une caisse différente. Il est important de maintenir deux identités distinctes, en particulier pour la clientèle féminine, qui n’entre pas dans un magasin de vélo pour acheter du running. Donc on est obligé d'avoir une identification sur la façade avec une porte décalée et une caisse dédiée. Il est vrai que, vu la progression du marché de la course à pied, de plus en plus de nos adhérents réfléchissent à compléter leur offre vélo par du running. Mais il ne suffit pas d’en avoir l’envie, cela implique d’engager une équipe compétente dans le running. On ne peut pas faire les deux, ce n'est pas vrai. Avec l’ouverture d’Epinal, le réseau Foulées comptera 29 magasins.

 

Vous avez évoqué la progression du vélo gravel. Comment voyez-vous l'évolution de cette catégorie ?

 

Le gravel devient une tendance lourde. Toutes les marques se doivent d'avoir une offre. Le gravel lui-même se décompose en plusieurs pratiques. Il y a du gravel compétition, du gravel urbain, du gravel voyage, du gravel promenade. Avec des prix qui vont de 1 000 à 10 000 euros. Ce sont des vélos à tout faire, entre la route et le VTT, qui correspondent aussi à une nouvelle génération. La clientèle vient de toute part, de la route, du VTT, et, avec le touring, on voit aussi arriver des néo-cyclistes. Comme à chaque fois qu'il y a une nouvelle discipline, on l'a vu avec le surf, il y a de nouveaux codes qui apparaissent, dans l’usage, l’équipement, l’habillement… Le gravel vient réoxygéner le marché. Mais il va prendre sur l'urbain, sur la route et surtout sur le VTT. Cela fait deux ou trois ans maintenant que le marché du VTT classique régresse. Il y a toute une clientèle qui ne renouvelle pas son VTT et qui se tourne vers un gravel. Autre phénomène, pour la clientèle « route », on vend des vélos gravel avec deux paires de roues : une paire pour la route et une paire gravel.

 


Et qu’en est-il du gravel électrique, du 32 pouces ?

 

Nous avons de très belles offres de vélos gravel à assistance électrique chez Look et Orbea, par exemple, et cela se vend bien. Ce sont autant de nouveautés qui viennent exciter le marché. Aujourd’hui, on se questionne pour savoir à quel moment les roues de 32 pouces en gravel vont arriver. Visiblement, en gamme 2027, des marques vont le proposer. La question est de savoir à qui s’adresse ce type de vélo, mais ça, c'est encore trop tôt pour le dire. Ce qui est sûr, c'est que cela va interpeler le marché. Les clients vont venir en magasin les voir, les essayer, c'est bien ! On a déjà vécu cela avec la fourche carbone, les pédales automatiques, les freins à disque, le dérailleur électrique, ou encore le 29 pouces il y a une dizaine d’années ; maintenant c’est le 32 pouces. Le bon côté de la pléthore de marques qui existent sur le marché, c’est le foisonnement des idées. Un jour, quelqu’un trouve la petite idée qui va faire exploser le marché. Et ça, c'est très enthousiasmant !

 

Que représente le groupe CycleLab aujourd’hui, en termes d’effectifs, de magasins et de chiffre d’affaires ? Quels sont vos projets ?

 

Clément Briscadieu (vice-président) et Denis Briscadieu (président - fondateur)
Clément Briscadieu (vice-président) et Denis Briscadieu (président - fondateur)

Nous sommes une soixantaine à la centrale. Nous avons encore recruté trois personnes en début d’année afin de maintenir notre niveau de service et développer de nouveaux contenus de service. Ainsi, nous avons lancé une cote de l’occasion électronique, afin de permettre à nos magasins de fixer le prix des vélos qu'ils reprennent à leurs clients. Nous avons aussi créé La Vélo-Compagnie, pour la gestion de flotte vélo des entreprises. On a travaillé sur de nouveaux supports de communication. Bref, on essaie de se muscler et d'avoir une offre qui convienne à nos adhérents.

A ce jour, nous sommes à 157 magasins, avec, normalement, 15 qui restent à ouvrir d'ici la fin de l'année sur les quatre enseignes. L’ensemble des magasins pèse 150 millions d'euros sortie de caisse. Grâce à ça, on achète à peu près 85 / 90 millions d'euros à nos fournisseurs. La centrale réalise 14 millions d'euros de chiffre d’affaires hors taxe en services.

Un point important pour nous depuis ce premier quadrimestre, c'est l'arrivée de mon fils Clément, qui a quitté Ineos pour m’accompagner à la direction du groupe afin de reprendre les rênes d'ici deux ans.

 

//Propos recueillis par Emmanuel Gravaud

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