L’ascension olympique du ski-alpinisme
- 17 nov. 2025
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L’histoire s’écrira à Milan-Cortina 2026 avec l’intégration, pour la première fois, du ski-alpinisme au programme des Jeux d’hiver. Une consécration pour tous les acteurs de la discipline, même s’ils ont dû se résoudre à quelques compromis.

©Photos FFME
Après le skicross en 2010, le slopestyle en 2014 ou le big air snowboard en 2018, c’est au tour du ski-alpinisme d’entrer officiellement dans la ronde olympique à l’occasion des JO d’hiver de Milan-Cortina, 19 et 21 février prochains.
Une véritable reconnaissance pour la discipline qui avait déjà fait partie du programme des Jeux Olympiques de la Jeunesse d’hiver de Lausanne en 2020, et même de celui des JO d’hiver de Chamonix en... 1924. « A l’époque, c’était en fait une épreuve de patrouille militaire, une sorte de combo entre le ski-alpinisme, le biathlon et le ski de fond », rappelle Olivier Mansiot, directeur des compétitions à la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME). L’instance française a d’ailleurs joué un rôle essentiel dans l’arrivée de la discipline aux JO, comme le confirme le responsable : « La FFME est membre fondateur de l’ISMF, la Fédération internationale. Nous avons toujours eu cette perspective de pousser notre sport vers les Jeux, nous avons toujours eu des forces de travail dans les instances internationales – on peut citer Pierre Dollo – pour aller dans cette direction. »
Pour les athlètes, c’est évidemment une formidable opportunité de visibilité, une exposition médiatique hors du commun qui devrait leur permettre d’activer des partenariats. D’autant que les chances de médailles sont bien réelles pour le clan tricolore, emmené par les têtes d’affiche Emily Harrop et Thibault Anselmet. Et les effets se font déjà sentir sur la discipline : « Il y a un peu plus de dix ans, une dizaine de nations seulement étaient représentées en Coupe du monde, principalement celles de l’arc alpin où est né le ski de randonnée (version “loisir” du ski-alpinisme) », explique le technicien. « Aujourd’hui, la Fédération internationale vient d’accueillir son 50e pays membre. Il y a eu une vraie accélération avec cette perspective olympique, une ouverture vers des pays qui n’ont pas la culture historique du ski de randonnée. »
Petit bémol quand même, à Milan-Cortina le ski-alpinisme fera son entrée avec le statut de « sport additionnel » (exit l’appellation de « sport de démonstration »). Autrement dit, rien ne garantit qu’il sera encore présent dans les Alpes françaises en 2030 : aucun règlement au sein du CIO ne fixe en effet les conditions d’intégration définitive d’un sport au programme olympique. « On dit souvent que quand on a fait deux olympiades en sport additionnel, on devient sport définitif, mais c’est une simple règle orale, il n’y a rien de systématique », confirme Olivier Mansiot. « L’escalade, par exemple, était sport additionnel à Tokyo en 2021 et à Paris en 2024, et le sera encore à Los Angeles. Les fédérations internationales, qui votent au sein du CIO, ont toujours un peu de mal à faire de la place à une nouvelle instance. » C’est au moment de la prochaine assemblée générale du CIO, prévue en février 2026, que le ski-alpinisme sera confirmé – ou non – comme sport additionnel en 2030.

Sprint et relais mixte
Mais ce qui fait surtout débat dans le milieu, c’est le format de compétition retenu pour les Jeux : pas d’épreuve individuelle au programme, considérée pourtant comme l’épreuve-reine, mais uniquement le sprint (hommes et femmes) et le relais mixte. Une déception pour certains athlètes et responsables qui parlent d’une version allégée, voire aseptisée de la discipline. Ces épreuves, organisées sur un parcours d’obstacles, s’éloignent des sommets, de la nature et de la haute montagne, terrain de jeu traditionnel du ski-alpinisme. « Cette décision génère des discussions, et c’est légitime. En sprint et en relais, on est sur du stade, alors que l’ADN du ski-alpinisme se trouve dans la montagne. L’épreuve reprend les techniques du ski-alpinisme, mais ne se déroule pas sur le terrain du ski-alpinisme, il faut être clair là-dessus », reconnaît le directeur.
Pour le CIO, un sport olympique est un sport qui passe à la télévision. Or, l’épreuve individuelle consiste en une course de 15 km qui se déploie dans la montagne, loin de tout, donc difficile à filmer. « Il faut aussi raisonner en termes de narratif télévisuel : contrairement à des Coupes du monde ou Championnats du monde suivis par des spécialistes, les épreuves olympiques s’adressent au grand public. Il faut montrer notre sport sous un angle qui capte une audience de noninitiés », ajoute Olivier Mansiot. Les formats courts répondent à cette logique : le sprint dure environ trois minutes, contre plus d’une heure pour l’épreuve individuelle. Ce format a d’ailleurs été créé il y a quinze ans dans une optique olympique. « Bien sûr, on peut dire que le sprint est trop court, qu’il n’est pas dans notre ADN. Mais de là à le vouer aux gémonies... », tempère Olivier Mansiot. « Ce format a quand même permis à des pays qui n’ont pas le terrain de jeu alpin de se
raccrocher au wagon. La Norvège ou la Chine étaient des nations inexistantes il y a 10 ans. En simplifiant le terrain de jeu, on permet à davantage de pays d’être nouveaux entrants. »

Ce n’est d’ailleurs pas propre au ski-alpinisme. Les Jeux Olympiques ont toujours impacté les formats sportifs, à l’image du rugby à 7, du basket 3x3 ou encore du VTT. « Même des sports historiques, établis, subissent cette transformation imposée par la médiatisation. On subit cette loi du marché comme les autres. Cela montre les concessions nécessaires », reconnaît Olivier Mansiot. Sans pour autant abandonner l’espoir de voir, un jour, l’épreuve individuelle aux JO. Il poursuit : « Au-delà d’être confirmé en 2030 et 2034, notre ambition est de faire rentrer notre épreuve historique dans le futur programme olympique. Ressortir du stade et offrir une épreuve plus longue pour les athlètes d’endurance. Oui, le format retenu pour les Jeux fait débat et génère des frictions, certains peuvent se sentir dépossédés et c’est totalement compréhensible. Mais ne perdons pas de vue notre objectif. On y croit ! Nous continuons à porter le sprint et le relais, mais nous revendiquons aussi ce deuxième pilier. Maintenant que nous avons franchi la première étape, nous voulons aller plus loin en faisant entrer l’individuel aux JO. »
La FFME devrait, une fois encore, jouer un rôle clé : l’instance française a convaincu l’ISMF et le COJOP 2030 de proposer à nouveau l’épreuve l’individuelle. A la commission des programmes de trancher. ❚ Thomas Héteau




