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Cédric Gosse, CNOSF : « Le développement de l’outdoor, signe d’une transformation profonde du rapport au sport »

1 oct.
10 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 oct.

Invité à ouvrir les 10èmes Rencontres nationales de l’outdoor, à Grenoble, le 17 septembre, Cédric Gosse, secrétaire général du CNOSF et président de la FFTri, a livré sa vision du monde de l’outdoor en France. Et des propositions pour associer durablement le mouvement sportif et tous ceux qui pratiquent. (texte intégral en pied de page).


©EGrillot/RNO2026
©EGrillot/RNO2026

La progression continue des sports outdoor, devenus selon Cédric Gosse une porte d’entrée « majeure » vers l’activité sportive, révèle une transformation profonde du rapport des Français au sport. Ceux-ci ont tendance à passer d’un sport « organisé » à un sport « pratiqué », selon une évolution de logique de services. Par ailleurs, les pratiquants recherchent moins la compétition que « l’expérience ». Leur demande sportive répond à une combinaison « liberté + santé + nature + expérience + défi personnel », facilitée par la transformation numérique, où smartphone et montre remplacent en partie l'organisation sportive traditionnelle. Pour autant, les pratiquants, autonomes au quotidien, recherchent ponctuellement une expérience collective, à travers les événements sportifs. Le développement de l'offre commerciale (équipement, applications, coaching, épreuves, tourisme sportif...) fait de l’outdoor une industrie à part entière. C’est tout un secteur qui touche « au tourisme, à l'aménagement du territoire, à l'environnement, au numérique, aux mobilités, à l'industrie et à l'attractivité territoriale », énumère le secrétaire général.


Il appelle donc le mouvement sportif à davantage se penser comme un acteur de cet écosystème de la pratique, et plus seulement comme un organisateur de compétitions. Il l’invite également à prendre conscience d’une mutation : le passage d'un modèle traditionnel (reposant sur le club, la licence, l’entraînement et la compétition) à un modèle capable d'organiser, représenter et servir l'ensemble des pratiquants. « Pour une fédération comme la FFTri, c'est particulièrement parlant : quelqu'un peut aujourd'hui courir, rouler, nager en eau libre, utiliser Garmin ou Strava, participer à quelques événements et se considérer pleinement comme triathlète, sans jamais entrer durablement dans le modèle classique du licencié de club », observe Cédric Gosse, qui résume : « Je regarde l'essor de l'outdoor non comme une catégorie supplémentaire du sport français, mais comme l'un des révélateurs de la transformation générale des pratiques sportives : individualisation, autonomie, hybridation entre sport et loisir, recherche de nature, importance de l'expérience, communautés numériques et rapport plus intermittent aux institutions ».


Passerelles

Selon lui, cette évolution peut devenir « une formidable opportunité », à condition de construire des passerelles entre pratique fédérale et pratique autonome, alors que la proportion des pratiquants fréquentant un club associatif est passée de 24 % en 2018 à 20 % en 2025. Plutôt que conquérir de nouveaux licenciés, il s’agit de créer une relation avec plusieurs dizaines de millions de pratiquants, grâce notamment au numérique. « Un espace intermédiaire apparaît entre club traditionnel et pratique totalement individuelle, celui des communautés numériques, événements, groupes informels et services », affirme Cédric Gosse, qui propose aux fédérations de créer une stratégie commune : « Plutôt que chercher à reproduire les grandes plateformes privées, elles devraient pouvoir soit s'y connecter, soit mutualiser leurs moyens ».


Autre piste, le « club de demain », s’inspirant de « modèles qui marchent », notamment dans le secteur marchand, pourrait également accueillir des pratiquants « libres » lors de sorties ouvertes, tests de matériel, stages, événements, conseils santé et sécurité… Des alternatives à la licence annuelle (licence expérience, pass événement, licence multisports/outdoor, offres saisonnières…) permettraient d’entrer progressivement dans une relation fédérale. Enfin, une évolution majeure consisterait à reconnaître politiquement les pratiquants autonomes dans la gouvernance fédérale, via par exemple la création de collèges ou conseils, associant les acteurs de l’outdoor, tels que sportifs, organisateurs, communautés numériques...

En encourageant une réflexion collective sur cette nouvelle approche, le CNOSF ambitionne de passer progressivement « d'une logique institutionnelle fondée sur l'appartenance, à une logique plus ouverte fondée sur la pratique, le service et l'engagement ».

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Lire le texte intégral :


Mesdames, Messieurs,


C'est un plaisir et un honneur pour moi d’ouvrir ces Rencontres nationales de l’outdoor. La progression des activités outdoor est absolument remarquable.

Au sein du CNOSF, nous portons une attention particulière sur ce développement, à la fois parce que cela implique plusieurs de nos fédérations membres, et aussi parce que cela contribue au développement du sport en général. Notre groupe de travail « sport nature », présidé par Frédéric MONTOYA, président de la Fédération française de la randonnée qui aura, je pense, l’occasion de revenir sur les travaux menés, analyse et aborde plusieurs thèmes sur les pratiques outdoor.  

Je le disais, nous portons une attention à la progression des sports outdoor car cela révèle une transformation profonde du rapport des Français au sport, un nouveau rapport à la pratique.


Dans ce nouveau rapport à la pratique, en tant que président de fédération d’un sport outdoor et en tant que secrétaire général du CNOSF, je vois six tendances de fond.


1/ L'outdoor devient une porte d'entrée majeure vers l'activité physiqueMarche, randonnée, running, trail, vélo et autres pratiques extérieures correspondent particulièrement bien à la recherche actuelle de santé, de bien-être et de liberté.

La tendance est ancienne, mais s'est accélérée avec les transformations des modes de vie et le Covid. Le Baromètre national des pratiques sportives montre que la pratique régulière est passée de 54 % en 2018 à 61 % en 2025, soit +7 points[1].

Le trail connaît une évolution encore plus spectaculaire. En 2025, la France comptait :

·      deux fois plus de courses qu'en 2015 ;

·      trois fois plus de résultats qu'il y a dix ans ;

·      42 000 licenciés déclarant le trail comme activité principale, soit +90 % en trois ans[2].


2/ On passe du "sport organisé" au "sport pratiqué".C'est probablement le phénomène le plus intéressant pour le mouvement sportif. Le nombre de pratiquants augmente alors que la proportion de sportifs passant par le club associatif diminue : 20 % des pratiquants en club en 2025 contre 24 % en 2018[3]. Le phénomène dépasse largement la France.

Le Pôle ressources national sports de nature (PRNSN) souligne d'ailleurs explicitement que le développement des pratiques informelles et du secteur marchand vient interroger le sens de l'adhésion à un club et à une fédération, avec une évolution vers une logique de services[4].


3/ Le pratiquant recherche moins la compétition que l'expérienceL'Observatoire du Running est révélateur : santé (59 %), bien-être corporel (58 %) et évacuation du stress (50 %) arrivent très loin devant les motivations strictement compétitives[5].

On peut donc parler d'une transformation de la demande sportive : liberté + santé + nature + expérience + défi personnel.


4/ Mais l'événement sportif reste extrêmement puissantC'est le paradoxe intéressant. Le pratiquant veut être autonome au quotidien mais recherche ponctuellement une expérience collective et événementielle. Le trail l'illustre parfaitement : le nombre de courses françaises a doublé en dix ans[6].


5/ Le smartphone et la montre remplacent en partie l'organisation sportive traditionnelle.GPS, Strava et autres applications permettent de trouver un parcours, mesurer sa performance, rejoindre une communauté, se comparer et partager son activité sans nécessairement appartenir à un club. L'enquête du Pôle ressources national sports de nature 2024 documente précisément cette transformation numérique de l'outdoor[7].


6/ L'outdoor devient une industrie à part entièreLe développement de l'offre commerciale accompagne celui des pratiquants : chaussures, textile, vélos, montres, applications, événements, tourisme sportif, coaching, équipements et services.

Face à ce constat de transformation profonde du rapport au sport au travers de la pratique des sports outdoor, je pense qu’il y a des enjeux intéressants et importants pour le mouvement sportif.


Et cela constitue la 2ème partie de mon introduction.

2 questions stratégiques, qui dépassent largement les "sports de nature", se posent.

L’essor de l’outdoor et des pratiques autonomes : quelle transformation du modèle sportif français ?

Comment le mouvement sportif peut-il représenter non seulement les licenciés, mais aussi les millions de Français qui font du sport sans appartenir à une organisation sportive ?

Je vais répondre par 5 points dont, à mon sens, le mouvement sportif doit s’emparer.


1/ Nous devons prendre conscience d’une transformation du rapport au sport

Il s’agit de passer d'un modèle principalement construit autour d’une logique traditionnelle: e → club= apprentissage → licence → entraînement → compétition à un modèle capable d'organiser, représenter et servir l'ensemble des pratiquants ? 

Le modèle qui se développe est davantage : envie → pratique autonome → application/communauté → défi personnel → événement → services.

Le pratiquant choisit son activité, son lieu, son horaire, son niveau d'engagement et peut changer régulièrement de discipline.

Pour une fédération comme la FFTri, c'est particulièrement parlant : quelqu'un peut aujourd'hui courir, rouler, nager en eau libre, utiliser Garmin ou Strava, participer à quelques événements et se considérer pleinement comme triathlète, sans jamais entrer durablement dans le modèle classique du licencié de club.

C'est pourquoi je regarderais l'essor de l'outdoor non comme une catégorie supplémentaire du sport français, mais comme l'un des révélateurs de la transformation générale des pratiques sportives : individualisation, autonomie, hybridation entre sport et loisir, recherche de nature, importance de l'expérience, communautés numériques et rapport plus intermittent aux institutions.

L'enjeu n'est pas d'opposer pratique fédérale et pratique autonome, mais de construire des passerelles entre les deux.


2/ L’évolution de la pratique ne doit pas être considérée comme une menace pour le modèle fédéral. Elle peut surtout devenir une formidable opportunité

C'est le chiffre qui devrait particulièrement retenir l'attention du mouvement sportif. Alors que la pratique sportive régulière augmente de 7 points depuis 2018, la proportion des pratiquants fréquentant un club associatif est passée de 24 % en 2018 à 20 % en 2025[8]. On peut parler du paradoxe Français : « Davantage de sportifs mais proportionnellement moins de pratiquants en club ».

Cela ne signifie pas le déclin du club. Celui-ci reste irremplaçable pour l'apprentissage, la jeunesse, la compétition, la sociabilité, l'encadrement et la structuration territoriale.

Mais il n'est plus nécessairement la porte d'entrée unique dans le sport.

Le Pôle ressources national sports de nature formule lui-même cet enjeu : il observe l'émergence d'une logique de services, dans laquelle la licence doit correspondre à des services identifiables par le pratiquant[9].

Le potentiel de développement du mouvement sportif ne réside plus uniquement dans la conquête de nouveaux licenciés : il réside dans sa capacité à créer une relation avec plusieurs dizaines de millions de pratiquants.


3/ Une pratique autonome qui n'est plus une pratique isolée

L'autonomie ne signifie plus nécessairement pratiquer seul. Le numérique a fait émerger une nouvelle forme d'organisation sportive. Le numérique ne fait pas disparaître le collectif ; il en déplace les codes et les lieux.

Il apparaît donc un espace intermédiaire entre club traditionnel et pratique totalement individuelle : celui des communautés numériques, événements, groupes informels et services.

C'est précisément cet espace que l’on peut davantage investir.


4/ Une évolution internationale qui confirme la tendance

Le phénomène français s'inscrit dans une évolution beaucoup plus large.

Aux États-Unis, l'Outdoor Industry Association recense 183,2 millions de pratiquants outdoor en 2025. Près de 30 millions de pratiquants supplémentaires ont rejoint l'outdoor depuis 2019.

Mais le même rapport montre que chaque pratiquant effectue en moyenne cinq sorties de moins par an qu'en 2019. L'outdoor gagne donc en audience mais pas nécessairement en intensité : le nombre de pratiquants occasionnels augmente.

C'est un enseignement essentiel pour la France : la croissance future pourrait être moins celle de l'adhésion permanente que celle de l'engagement intermittent.

Le pratiquant de demain pourrait successivement être autonome, consommateur d'un service fédéral, participant à un événement, licencié temporairement, puis membre d'un club.

L'enjeu devient alors moins de savoir s'il est « licencié ou non licencié », que de savoir quelle relation le mouvement sportif entretient avec lui, tout au long de son parcours.


5/ Dépasser notre simple role d’organisateur et prendre notre place dans l’économie générale des sports outdoor

Cette mutation possède également une dimension économique majeure. Une véritable économie de l'outdoor

L'Observatoire Outdoor Sports Valley recense, pour la seule région Auvergne-Rhône-Alpes, le chiffre d'affaires de cette filière régionale a augmenté de 22 % entre 2021 et 2023[10].

Le marché du running et du trail français dépasse désormais un milliard d'euros, avec une croissance annoncée de 16 % au premier semestre 2026[11].

L'enjeu dépasse donc la politique sportive traditionnelle. Il touche au tourisme, à l'aménagement du territoire, à l'environnement, au numérique, aux mobilités, à l'industrie et à l'attractivité territoriale.

Le mouvement sportif doit davantage se penser comme un acteur de cet écosystème de la pratique, et pas seulement comme l'organisateur de la compétition fédérale.


Quel pourrait être un plan d’action au regard de ces constats ? Dernière partie de mon introduction.

4 propositions qui animent la réflexion au sein de ma fédération.


1/ Passer de la licence unique à une gamme de services et d'engagementsÀ côté de la licence annuelle d’autres entrées possibles dans la fédération, licence expérience, pass événement, adhésion digitale, licence multisports/outdoor, offres saisonnières ou territoriales. L'objectif serait de permettre au pratiquant de passer progressivement de la pratique libre à une relation fédérale, plutôt que de lui demander immédiatement un engagement annuel.


2/ Faire du club un "hub territorial de pratique"L’offre sportive demeure trop souvent pensée pour des trajectoires uniformes : une inscription annuelle, un créneau fixe, une discipline et la compétition comme unique horizon.

Pour le CNOSF, les clubs doivent être au centre de nos attentions, car ce sont eux les maillons clés du développement de la pratique. Le CNOSF doit aider ces clubs et ces fédérations à plus de points de comparaison transversale sur les modèles et les pratiques qui marchent, et pas uniquement d’autres clubs, mais aussi dans le secteur marchand, pour y puiser des bonnes pratiques.

Le club pourrait accueillir non seulement des licenciés, mais également les pratiquants libres de son territoire : sorties ouvertes, tests de matériel, parcours balisés, séances ponctuelles, stages, événements, conseils santé et sécurité.

Au CNOSF, on doit permettre de mieux catalyser la réflexion collective sur ce que peut être le « club de demain », avec davantage de mutualisation, une approche renouvelée, des ressources complémentaires à la licence, une offre de services améliorée capable de satisfaire et de fidéliser plusieurs générations de membres.


3/ Construire une stratégie numérique commune avec d’autres fédérationsPour le CNOSF, nos fédérations doivent être mieux accompagnées pour mieux se saisir de certaines opportunités, notamment celles liées aux nouvelles technologies qui peuvent améliorer les services rendus aux licenciés, enrichir leur manière de vivre et mieux alimenter les communautés de fans.

Plutôt que chercher à reproduire les grandes plateformes privées, les fédérations devraient pouvoir soit s'y connecter, soit mutualiser leurs moyens.


4/ Reconnaître politiquement les pratiquants autonomes dans la gouvernance fédérale.On pourrait assumer une évolution majeure : la vocation de la fédération n'est pas seulement de représenter les licenciés, mais l'ensemble des pratiquants. Cela pourrait conduire à créer un collège ou conseil des pratiquants, associant sportifs autonomes, organisateurs, communautés numériques, acteurs de l'outdoor et clubs.


Conclusion

L'essor de l'outdoor ne doit pas être considéré comme une concurrence au modèle fédéral. Il constitue probablement l'un des principaux gisements de développement du mouvement sportif français pour la prochaine décennie.

Le sujet central n'est donc plus seulement :

Comment augmenter le nombre de licenciés ?

Mais :

Comment créer une relation durable entre le mouvement sportif et tous ceux qui pratiquent ?

Cela suppose de passer progressivement d'une logique institutionnelle, fondée sur l'appartenance, à une logique plus ouverte, fondée sur la pratique, le service et l'engagement.

Le club et la licence demeureraient au cœur du système, mais au sein d'un écosystème beaucoup plus large permettant d'entrer, sortir puis revenir dans la pratique organisée.

Et dans ce cadre, le CNOSF doit aider les fédérations à travers une attention renforcée à la prospective, à l’innovation à se saisir de nouveaux relais de croissance de leurs bases de licenciés.


 

 

 

 

 


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