top of page

Anne Marty, DSF : « Les éco-engagements ont toute leur place dans nos métiers »

  • 16 déc. 2024
  • 4 min de lecture

Anne Marty a pris en octobre la présidence de Domaines Skiables de France (DSF). Première pyrénéenne et première femme à ce poste, elle nous expose les ambitions de son mandat et rappelle les atouts de la montagne française.



OXP : Ancienne vice-présidente, allez-vous poursuivre le travail de votre précédesseur à la tête de la chambre professionnelle des opérateurs de remontées mécaniques ?


Anne Marty : Je compte en effet m’inscrire dans la continuité d’Alex Maulin, pour promouvoir l’économie de la montagne, au nom de nos 412 adhérents, qui regroupent 19 000 salariés, dans une vingtaine de métiers, et font vivre 120 000 personnes. En 2020, il a mis en place 16 éco-engagements, qui ont toute leur place dans nos métiers, dans les domaines suivants : climat et énergie ; eau et agriculture ; biodiversité ; déchets et enfin paysages. Ils sont aujourd’hui réalisés par 75% des entreprises et nous allons continuer à les appliquer.


Pouvez-vous nous donner un exemple ?


Sur le sujet du climat et de l’énergie, nous visons la neutralité carbone en 2037. Cela peut sembler un engagement optimiste, mais une fois qu’on aura réglé le principal point noir, à savoir la question du carburant utilisé par les dameuses, on aura fait un grand pas en ce sens. Certaines stations ont parfois encore du mal à réaliser leur bilan carbone, par manque de personnel. Une chargée de mission environnement de DSF les épaule pour aller au bout de cette tâche. A propos des paysages, les opérateurs sont invités à retirer leurs équipements obsolètes. Au 2 octobre dernier, nous avions ainsi recensé 70 appareils concernés, répartis sur 41 sites : 65 téléskis, 4 télésièges, ainsi qu’un bâtiment de télésiège. Enlever un vieil équipement, c’est moins de pylônes, une consommation énergétique moindre, moins de maintenance et donc moins de charges pour la station.


La clé de votre mandat concerne la RSE.


En effet. Nous mettons en place un pôle RSE, en collaboration avec Alexandre Merlin, le président délégué de DSF, qui en sera le responsable, et Yves Dimier, le vice-président. L’objectif est d’accompagner les adhérents en manque de moyens humains et financiers pour leur permettre d’atteindre 100% des objectifs fixés dans les éco-engagements. Le pôle est structuré en trois commissions : d’abord la santé et la sécurité au travail, puis l’environnement, qui est au centre de tout en matière d’aménagement de la montagne, et enfin la solidarité entre les stations, qui, bien que connaissant des destins variés, ne sont pas des concurrentes. Différentes commissions suivaient déjà ces dossiers, mais il était important d’institutionnaliser et d’amplifier les initiatives qui suivent l’évolution de la société.


Quels sont les chiffres de la saison passée ?


La dynamique est stable : la fréquentation est satisfaisante, par rapport à l’enneigement, à hauteur de 51,9 millions de journées-skieurs. Le prix des forfaits a augmenté avec l’inflation, mais l’appétence pour le ski est là. On a d’ailleurs un signal fort, celui du taux de réservation pour la saison 2024-2025, en avance de 10% par rapport à la précédente pour les stations de haute altitude. Les stations de basse altitude affichent un taux semblable à l’an dernier, mais dès que la neige sera là, les réservations reprendront. La clientèle étrangère (35% de la fréquentation), surtout européenne, est revenue après le Covid, avec en tête les Britanniques. Le reste du monde représente seulement 3%, ce qui relativise le mythe du skieur au mauvais bilan carbone... Le chiffre d’affaires des piétons en hiver augmente chaque année. On offre un vrai parcours et un vrai produit pour cette catégorie de clients. Par ailleurs, 41% des adhérents font tourner leurs remontées en été, permettant une activité de loisirs (piétons, VTT et luges), ce qui génère 5% des recettes TTC de l’hiver.


Où en sont les efforts d’investissement des stations ?


Le niveau d’investissement est très élevé cette année, et cette tendance touche tous les massifs. Les stations ont investi 543 millions d’euros en 2023 (dont 333 millions pour le seul renouvellement des remontées mécaniques), contre 237 millions en 2020 et 399 millions en 2019. Les dépenses concernent le renouvellement des remontées mécaniques, mais aussi leur réorganisation, comme l’installation d’une gare intermédiaire, par exemple, l’entretien et la rationalisation des domaines. Le rachat d’équipement, évidemment en bon état, entre stations, se développe : la station qui acquiert le fait à un coût intéressant, celle qui vend a moins de déchets à recycler. Autre poste d’investissement, les enneigeurs, chargés de sécuriser le début de saison grâce à la neige de culture, qui équipent 40% de nos domaines skiables, contre 55% en Suisse, 70% en Autriche, et 90% en Italie du Nord. Il est super important pour l’économie du territoire de produire de la neige de culture, mais il ne faut pas faire n’importe quoi. Chez nous, le déploiement se fait au fur et à mesure des besoins. La neige de culture utilise une eau restituée après utilisation. L’utilisation raisonnée des enneigeurs est due au système de géolocalisation des dameuses de plus en plus répandu, qui mesure précisément la hauteur de neige et permet de ne produire que la quantité nécessaire. Enfin, l’investissement concerne aussi le domaine du marketing numérique, afin de développer la vente en ligne.



Le ski a-t-il la cote auprès des Français ?


Les vacanciers sont attachés à leur semaine à la montagne, un moment précieux pour « couper ». Tout le monde ne skie pas, mais les vacances au grand air attirent toujours. 40% des Français se disent skieurs, 25% d’entre eux skient régulièrement. En France, nos 250 stations accueillent des clients au profil différent, leur variété permet à chacun de pratiquer à son rythme, apprendre et progresser. De magnifiques stations internationales cohabitent avec des villages prisés des familles, où tout est fait pour accueillir les enfants et les tout-petits. Cette diversité fait la force de nos domaines. Le ski a un coût, mais il y en a pour tous les prix. Le revenu moyen du foyer fiscal du skieur s’élève d’ailleurs à 3 000 euros, ce qui n’en fait pas des clients richissimes.


Première femme à présider DSF, avez-vous des projets dans le domaine de la parité professionnelle ?


Les femmes représentent un tiers des effectifs dans les entreprises de remontées mécaniques, qui reposent sur des métiers très techniques. Une présence à renforcer, selon moi, à la base comme au sommet. On compte une seule directrice de station, et deux élues au Comité directeur de DSF. J’ai l’ambition de favoriser leur accès au management intermédiaire, qui innervera peu à peu dans toute la profession. Une autre piste est notre soutien à la formation de saisonnières à des métiers techniques, via le bac professionnel de maintenance.

//Propos recueillis par Marianne Quiles

bottom of page